Entretien avec Julien Bassères
Julien Bassères
Formation et ascension
Formé à l’École Louis-Lumière, Julien a consolidé une formation technique rigoureuse qui lui permet de maîtriser les aspects physiques et artistiques du son. Spécialiste de la captation acoustique, il intervient au Studio de Meudon sur des sessions jazz, piano solo, big bands et musiques du monde — on lui doit notamment la prise de son, le mixage et le mastering de l’album Bluezz d’Édouard Bineau.
Sa pratique, ancrée dans l’écoute, place l’intention artistique des musicien·nes au cœur de chaque enregistrement. Il partage aussi son travail sur Instagram (@julienbasseres) et participe activement à la transmission via formations et ateliers.
Ton parcours : de Louis-Lumière aux studios de Meudon
Tu es passé par l’École Louis-Lumière avant de devenir ingénieur référent aux studios de Meudon. Deux combinaisons toujours d’actualité ?
Oui, complètement. L’école m’a construit un raisonnement, de solides connaissances techniques et surtout une soif d’innovation. Le studio de Meudon, lui, m’a appris le métier au contact direct des musiciens et des techniciens du monde entier. Ces deux dimensions restent très présentes dans ma manière de travailler aujourd’hui.
Comment ce parcours t’a-t-il façonné, à la fois techniquement et artistiquement ?
Louis-Lumière m’a donné une base extrêmement structurante : comprendre avant de faire, analyser avant d’appliquer. Les studios m’ont appris l’humilité et l’adaptation. Chaque session est différente, chaque musicien arrive avec son histoire, sa culture, sa manière d’entendre le son. Cette ouverture internationale est une chance immense.
Y a-t-il des moments ou des rencontres déterminantes qui ont marqué ta manière d’écouter et de produire le son aujourd’hui ?
Oui, bien sûr. Travailler avec des musiciens issus de cultures très différentes m’a profondément marqué. La musique acoustique permet ce dialogue. Elle met l’écoute au centre. Ces rencontres ont affiné ma manière d’être présent sans être envahissant, précis sans être rigide.
La place du jazz dans ta vie
Le jazz semble occuper une place particulière dans ton parcours.
Le jazz, mais aussi toutes les musiques acoustiques : classiques, contemporaines, musiques du monde… Ce sont des univers où l’instant compte énormément.
Qu’est-ce que cette musique t’a appris sur l’écoute, le temps, l’improvisation ou la relation aux musicien·nes ?
L’enregistrement a un caractère presque photographique : il capte l’instant présent. Et cet instant est souvent perçu comme imparfait par les interprètes. L’ingénieur du son devient alors la première oreille. Ce rapport est précieux, sensible. Il demande une écoute fine, une attention au temps, à la respiration collective, à ce qui se joue entre les musiciens.
Est-ce une esthétique qui influence encore ta manière de travailler, même en dehors du jazz ?
Oui. Ce rapport humain au centre de la création dépasse le jazz. Je ne pense pas avoir fini de découvrir toutes les subtilités de ces relations. C’est ce qui rend ce métier passionnant.
Ton apport au Studio Lab’Ut
Au Studio Lab’UT, quel est selon toi ton rôle et ton apport spécifique ?
Le Studio Lab’UT est pour moi au centre du tissu social et culturel de Strasbourg et de sa région. Il mélange l’innovation européenne — musique électronique, technologies immersives — avec des traditions culturelles locales, y compris tziganes. Mon rôle est d’apporter mon expérience de l’enregistrement acoustique et cette exigence d’écoute au cœur des projets.
Qu’est-ce qui t’intéresse dans ce lieu hybride entre création, transmission et expérimentation ?
Cette hybridation justement. On peut y croiser des esthétiques, des générations, des pratiques. On peut transmettre, expérimenter, tester des formats que l’on ne ferait pas ailleurs.
Y a-t-il des choses que tu peux y faire ici que tu ne ferais pas ailleurs ?
Oui. La rencontre entre tradition acoustique et technologies immersives crée des possibilités uniques. On peut imaginer des croisements qui seraient difficiles à mettre en place dans des structures plus cloisonnées.
« Avant les micros, avant la technique, il y a l’intention. »
Un conseil aux nouvelles générations d’ingénieurs et techniciens
Si tu devais donner un conseil essentiel aux jeunes musicien·nes qui s’enregistrent aujourd’hui, lequel serait-ce ?
Les recettes sont les mêmes depuis toujours : la source.
Sur quoi devraient-ils ou elles être particulièrement attentif·ves avant même d’entrer en studio ?
Le musicien, son instrument, ce qu’il ou elle raconte. Si tu prends le temps d’écouter cela et de le respecter, tu es sûr·e de ne pas te tromper. Avant les micros, avant la technique, il y a l’intention.
Comment se démarquer à l’ère du streaming
Tes conseils pour se démarquer aujourd’hui ?
L’artiste doit raconter une histoire, développer un univers personnel. La technologie rend la diffusion simple, mais elle dilue aussi les contenus dans le virtuel.
Et l’IA dans tout ça ? Mauvais match ou ressource ?
C’est un outil. Comme tout outil, il dépend de la manière dont on l’utilise. Mais il ne remplace pas une vision artistique.
En résumé ?
Si quelqu’un connaissait la solution miracle pour émerger, cela se saurait. Pour moi, il faut rester entier, toujours.
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