Vingt ans pour construire un lieu de création
De l’expérimentation collective à un écosystème de création audiovisuelle.
Depuis 2004, l’association UT développe à Strasbourg des espaces où artistes, technicien·nes, étudiant·es et publics peuvent expérimenter ensemble de nouvelles manières de produire et de partager le son, la musique et l’image.
Né de dynamiques collectives successives — UTOP, L’État Latent, Exhibitronic, puis Studio Lab’Ut — le projet s’est développé par étapes. Chaque nouvelle activité a répondu à un besoin concret : disposer d’outils, accompagner les artistes, transmettre des compétences, produire des œuvres, documenter les pratiques et créer les conditions de leur rencontre avec les publics.
Cette histoire n’est pas celle d’un studio devenu progressivement plus grand. C’est celle d’une chaîne de création qui s’est constituée dans le temps : écouter, rechercher, apprendre, expérimenter, produire, transmettre et diffuser.
Une archive active
L’archive de Studio Lab’Ut rassemble des photographies, œuvres, captations, programmes, émissions, éditions musicales, documents de recherche et témoignages produits depuis les premières expérimentations du collectif.
Elle ne constitue pas seulement une mémoire. Elle permet de comprendre comment des projets indépendants, parfois nomades et souvent réalisés avec des moyens limités, ont progressivement donné naissance à un lieu permanent de travail, de transmission et de production.
L’archive conserve les traces d’une méthode : partir d’une recherche artistique, réunir les compétences nécessaires, fabriquer les outils, ouvrir le processus à d’autres artistes puis faire circuler les œuvres.
Vingt ans, six étapes
Faire collectif
Les premières années sont celles de la rencontre entre musicien·nes, plasticien·nes, technicien·nes, graphistes et organisateur·rices. Autour de l’association UT et du collectif UTOP se développent des concerts, des performances, des expérimentations électroniques et des projets mêlant musique, espace et image.
Le laboratoire se construit avant le lieu. Les équipements sont personnels ou mutualisés, les espaces de travail et de diffusion changent selon les projets — une mobilité qui affine une approche attentive à l’acoustique, à l’architecture et aux situations d’écoute.
Créer des espaces de diffusion
En 2011 naissent le festival Exhibitronic et l’émission ARRET MEDIA. Le premier transforme différents lieux strasbourgeois en espaces d’écoute et d’expérimentation ; la seconde documente et diffuse les nouvelles musiques, les démarches d’artistes et les scènes multimédias.
Exhibitronic devient un moteur de production : installations, performances, concerts spatialisés, commandes, rencontres, appels à projets et coopérations internationales. ARRET MEDIA prolonge cette activité par une archive radiophonique de plus de soixante émissions.
La diffusion ne constitue plus la dernière étape d’un projet : elle devient une partie du processus de création.
Construire un outil permanent
La dynamique collective se dote progressivement d’un espace de travail permanent, permettant de conserver les équipements, d’enregistrer, de mixer, de produire des pièces électroacoustiques et d’accueillir d’autres artistes dans de meilleures conditions.
Les activités se diversifient : prestations artistiques et techniques, création, location d’équipements et d’espaces, ateliers, production de spectacles et accompagnement de projets. Le Laboratoire de l’Utopie devient un outil éditorial, portant les productions IGUAN, Félines, KL4NG, les créations de Kasparton et les compilations Exhibitronic.
Apprendre en créant
Les liens avec l’enseignement artistique et supérieur se renforcent. En 2019, le Scratch Modular Orkestra naît d’un workshop de quatre mois entre le département d’arts sonores de la HEAR, Studio Lab’Ut et l’artiste Le Talium, jusqu’à une restitution publique au festival Exhibitronic.
Cette période affirme une pédagogie fondée sur le faire : apprendre dans les conditions réelles d’une production, rencontrer les métiers, présenter son travail et entrer progressivement dans un réseau professionnel.
Entrer à la Manufacture
L’installation à la Manufacture des Tabacs transforme l’échelle du projet, aux côtés de la HEAR, l’ENGEES, l’EOST, le laboratoire ICube, des structures d’accompagnement entrepreneurial, une auberge de jeunesse et une salle de diffusion.
Le projet d’aménagement du R+1 a été conçu dès l’origine pour accueillir des studios audiovisuels, une régie et des espaces de créativité partagés. L’association achève l’aménagement de cinq studios complémentaires : traitement acoustique, régies, informatique, instruments, monitoring, dispositifs multicanaux et immersifs.
Aujourd’hui — un lieu de passage
Studio Lab’Ut accueille des personnes à différents moments de leur parcours : étudiant·es, artistes émergent·es, intermittent·es, technicien·nes, enseignant·es, chercheur·ses et professionnel·les confirmé·es.
Elles peuvent y entrer pour découvrir une pratique, suivre un atelier, effectuer un stage ou développer une première production — puis revenir pour se former, travailler en résidence, enregistrer, mixer, spatialiser une œuvre, préparer un concert ou transmettre à leur tour une compétence.
Les collaborations avec la HEAR, l’Université de Strasbourg et l’ENGEES permettent de confronter les apprentissages à des situations réelles. Les projets réalisés peuvent devenir des œuvres, des podcasts, des installations, des disques, des performances, des outils pédagogiques ou des premières expériences professionnelles.
Quatre mouvements indissociables
Accompagner
Écouter un projet et identifier ses besoins artistiques, techniques et professionnels : conseil, diagnostic, mise à disposition d’équipements, suivi de production, assistance au mixage, préparation scénique ou mise en relation avec des partenaires — sans solution standardisée.
Former
Des formations dans les espaces mêmes des productions professionnelles : enregistrement, mixage, mastering, Dolby Atmos, spatialisation, création musicale, sound design, podcast, vidéo générative, DJ, administration culturelle. Une porte d’entrée dans l’environnement de création, pas une activité isolée.
Accueillir en résidence
Du temps, un espace et une disponibilité technique pour chercher, tester, produire — entre plusieurs studios, plusieurs systèmes d’écoute, la spatialisation, ou le passage d’une œuvre du studio à la scène.
Créer et produire
Cinq studios couvrent toute la chaîne : enregistrement, montage audiovisuel, sound design, mixage, mastering, spatialisation. Stéréo, multicanal, Dolby Atmos, instruments électroniques, synthétiseurs analogiques et dispositifs expérimentaux.
De l’œuvre au public
La création ne s’arrête pas à la porte du studio. Avec Exhibitronic, le Laboratoire de l’Utopie, les saisons musicales, les partenaires de diffusion et les espaces de la Manufacture, une œuvre peut être recherchée, produite, documentée, publiée puis présentée au public au sein d’un même écosystème.
Depuis 2011, Exhibitronic associe concerts, installations, performances, DJ sets, ateliers et rencontres, en maintenant une circulation entre musiques expérimentales, écritures contemporaines, cultures électroniques et pratiques populaires. En 2023, les ateliers organisés avec la HEAR, The People et le Centre créatif des Bateliers ont porté sur les outils numériques, la production en studio et la spatialisation sonore.
Un campus de création à l’échelle de la ville
La Manufacture ne constitue pas seulement l’adresse du studio. Elle place la création au contact quotidien des arts, des sciences de l’environnement, de l’ingénierie, de l’entrepreneuriat, de l’hébergement et de la vie du quartier.
Studio Lab’Ut y occupe une position de liaison : le studio transforme des idées en expériences, des recherches en formes sensibles et des apprentissages en réalisations partageables — un espace où l’on passe d’un établissement d’enseignement à un studio, d’un studio à une résidence, d’une résidence à une scène, puis où l’on revient transmettre ce qui a été appris.
L’autonomie comme méthode
L’histoire de Studio Lab’Ut repose sur une recherche constante d’autonomie artistique et opérationnelle — non pas travailler seul, mais réunir plusieurs ressources complémentaires afin que la création ne dépende pas d’une seule activité : prestations de studio, production audiovisuelle, formations, accompagnement, locations, éditions musicales, festival, partenariats et financements publics.
Cette diversification préserve du temps pour la recherche, accueille les projets fragiles ou émergents, mutualise des équipements difficiles d’accès et rémunère les compétences nécessaires à la production des œuvres. L’autonomie n’est pas une finalité économique séparée du projet artistique : elle en constitue l’une des conditions.
Une histoire qui continue
En vingt ans, le projet est passé :
- Collectif
- Festival
- Studio
- Plateforme de production
- Lieu de transmission
La prochaine étape consiste à approfondir cette continuité : donner davantage de temps aux artistes, structurer les résidences, développer la recherche, ouvrir les équipements, consolider les formations et multiplier les passages entre étudiant·es, professionnel·les, œuvres et publics.
L’archive permet de mesurer le chemin parcouru. Elle rappelle surtout que Studio Lab’Ut reste un projet en construction : un lieu où les idées peuvent devenir des pratiques, les pratiques des métiers, et les recherches des œuvres.
Repères
Création de l’association UT et premières expérimentations collectives.
Naissance du festival Exhibitronic et de la plateforme radiophonique ARRET MEDIA.
Structuration d’un studio permanent, développement des prestations, des ateliers et de l’édition musicale.
Workshop de quatre mois avec la HEAR et restitution du Scratch Modular Orkestra.
Développement des équipements, de la spatialisation sonore et des productions du Laboratoire de l’Utopie.
Installation et ouverture des cinq studios à la Manufacture des Tabacs.
Déploiement des formations professionnelles, des résidences, des productions audiovisuelles et des coopérations avec la HEAR, l’ENGEES et l’Université de Strasbourg.
