Ludivine Korner – Lude, coordinatrice

Ludivine Korner, aka Lude, développe une pratique à la croisée de l’image en temps réel, de la musique électronique, du design visuel et des technologies interactives. À la tête de WOM•X, elle défend une approche sensible, libre et expérimentale de la création numérique.

LA SCÈNE ET L’ÉNERGIE DU LIVE

Ludivine Korner, aka Lude, développe une pratique à la croisée de l’image en temps réel, de la musique électronique, du design visuel et des technologies interactives. À la tête de WOM•X, elle défend une approche sensible, libre et expérimentale de la création numérique.

Outils et création

TouchDesigner est un outil très complet pour faire de la vidéo en temps réel, de l’art génératif et interactif. Il permet de proposer des créations modulées par le son en live, par des interactions du public, des données réseau ou encore par le temps.

On peut aussi créer ses propres interfaces pour contrôler son patch, ou utiliser des contrôleurs MIDI. Ce logiciel me permet aussi de faire du motion design pour les réseaux sociaux.

La scène et l’énergie du live

Un visuel normé, pensé pour les réseaux ou pour un format type journalistique, est très différent d’une vidéo artistique destinée à accompagner un concert ou un live musical. De la même manière qu’un clip, le format VJ est plus libre, il peut même être expérimental.

Un visuel musical « efficace » fonctionne avec le rythme, le tempo et les phases du son : tension, break, drop. Il doit être calé : de manière classique sur la mesure, le temps, etc., ou de manière plus originale, sur un élément du son — kick, voix, snare — au ralenti, sur ¼ de temps, ¾ de temps, à contretemps, etc.

UIl y a surtout l’ambiance musicale qu’il faut accompagner correctement. Par exemple, si le son est dark, progressif, hypnotique, alors il faut l’accompagner légèrement : peu de couleurs, pas de flashs, ainsi le public peut fermer les yeux et voyager. Pour une musique psychédélique, méditative, je propose des visuels fluides et assez constants, organiques, vibrants. Si le son est hard, avec beaucoup d’énergie et de drops : plus de flashs et des visuels funs.

Il n’y a pas seulement la musique à prendre en compte, mais aussi l’ambiance globale : lumières, public, taille et types d’écrans. Il faut s’adapter à cela : se caler avec les lumières pour créer une ambiance cohérente, accentuer le rythme pour aider le dancefloor à s’immerger, gérer la luminosité et la présence des visuels pour qu’ils se fondent dans l’ambiance générale et soient agréables et cohérents pour le public.

Transmission et pédagogie

Avant tout, j’aimerais partager le plaisir de faire soi-même avec la technologie, d’aborder la technologie comme un terrain d’expérimentation, de sensibilité et d’émancipation. Une notion essentielle est celle de l’acceptation de l’erreur et de l’aléatoire. Beaucoup de technologies et d’algorithmes sont pensés pour être robustes, normatifs et déterministes. À l’inverse, dans une pratique artistique expérimentale, le bug, l’imprévu, le glitch ou l’erreur sont des matières créatives. Cela permet de sortir d’une logique de contrôle total pour laisser émerger des formes vivantes, non binaires, sensibles, et c’est vraiment libérateur !

Aussi, découvrir la programmation ! L’interface nodale de TouchDesigner rend le logiciel accessible à des non-initié·es puisqu’on visualise tout le flux en direct, de quoi tomber amoureux ou amoureuse très rapidement. En tant qu’ex-hateuse des maths, je garantis le crush pour les personnes créatives et curieuses !

Fabriquer ses propres patchs visuels ou interactifs, comprendre ce qu’on fait et comment ça fonctionne, le partager, c’est aussi une manière de sortir d’une position de consommateur·ice face aux logiciels et aux plateformes Big Tech.